Une bonne première mi-temps, une ouverture du score, des occasions d’aggraver la marque puis le trou d’air. Paris avait tout mis en œuvre pour l’emporter à l’Abbée-Deschamps face à Auxerre mais a fini par tout gâcher avec l’égalisation logique de Le Tallec (1-1) à cinq minutes de la baissée de rideau. Le club de la capitale ne profite que très peu du faux pas du rival montpelliérain en revenant à deux points du fauteuil du leader.
Rageante, agaçante, irritante, scandaleuse… les adjectifs sont nombreux pour qualifier la prestation de certains joueurs de la capitale en seconde période. Pourtant tout avait bien débuté. Carlo Ancelotti avait de nouveau fait confiance au « sapin de Noël » pour mettre à mal l’équipe auxerroise. Comme on l’avait pressenti toute la semaine avec les interviews de Leo et Carlo, Pastore était positionné sur le banc de touche aux côtés de Mamadou Sakho, mis de côté par la charnière centrale brésilo-serbe Alex-Bisevac. Pour le reste, derrière c’est du classique avec Maxwell à gauche et Jallet à droite. Au milieu les trois bougres chargés d’alimenter en cartouches les attaquants parisiens sont Matuidi, Thiago Motta et Bodmer qui fait son retour dans le XI titulaire en l’absence de Momo Sissoko suspendu. Nenê, Ménez et Gameiro en pointe sont les trois artilleurs en ce frais dimanche d’avril. Côté auxerrois, Jean Guy Wallemme qui se dit que son équipe n’a sûrement pas grand-chose à perdre contre ce PSG a concocté une équipe assez offensive avec les titularisations d’Oliech, Chafni, Kapo et Traoré. Paris n’a pas le choix, il se doit de l’emporter face au cancre du championnat pour jouer les premiers de la classe avec Montpellier, battu quelques heures plus tôt à Lorient.
Paris démarre fort
L’entame de match est totalement parisienne. Avec un pressing une nouvelle fois assez haut et des joueurs auxerrois au potentiel technique limité sous la pression, le PSG récupère très haut les ballons pour lancer à vitesse grand V ses attaquants. Le trident offensif Nenê-Gameiro-Ménez semble bien s’entendre ce soir. Ca combine bien, ça permute bien aussi et la première occasion est logiquement pour les hommes de Carlo Ancelotti. Ménez élimine Boly avec de la réussite côté gauche puis repique dans l’axe et arme une bonne frappe arrêtée en deux temps par Sorlin. Quelques minutes plus tard sur une contre-attaque à montrer dans toutes les écoles de foot comme dirait Jean-Mimi, Bodmer lance magnifiquement Gameiro qui d’une subtile talonnade décale Ménez. Le n°7 parisien part tout seul au but, déborde Sorlin par l’extérieur mais est trop court pour redresser la gonfle que la défense bourguignonne revenue à toute vitesse vers son but voit heurter l’extérieur du poteau droit. Quelle occasion ! Dans le même registre que son énorme raté au Parc face à Evian, Jérémy Ménez envoie une nouvelle fois le ballon sur le poteau alors qu’il n’y a plus de gardien. Applique-toi Jérém ! Cette énorme occasion a le mérite de réveiller les locaux. Après 20 minutes de souffrance, les Auxerrois commencent à sortir de leur moitié de terrain grâce notamment à Oliech qui par ses accélérations secoue la défense parisienne à chaque pris de balle. Ce n’est pas très fin ni élégant mais cela a le mérite d’être (un peu) efficace. Faut pas lui en demander trop à Dennis. Suite à une faute d’Alex sur le Kenyan à 25 mètres du but de Sirigu, Dudka, déjà auteur d’un magnifique coup franc à l’aller au Parc, décide de remettre le couvert. Le polonais arme une flatte flottante qui passe de peu à gauche des buts du portier italien, planté sans réaction sur sa ligne. Première alerte.
Nenê montre la voie aux Parisiens
Pour autant Auxerre n’y est vraiment pas. En difficulté sur chaque accélération du club de la capitale, les protégés de Jean-Guy vont finir par craquer. A la 27ème minute sur une perforation de Blaise Matuidi, excellent dimanche soir, Gameiro est trouvé sur le côté gauche. L’ancien Lorientais sert parfaitement Nenê à l’entrée de la surface de réparation. Le brésilien élimine le vieux Grichting sans forcer, s’infiltre « in the penalty area » par la gauche et allume Sorlin d’une frappe croisée. 1-0 Paris ! Logique et mérité. Les Rouge et Bleu dominent leur sujet et gèrent tranquillement leur avance à la marque. Sans se montrer véritablement dangereux ils dominent cette fin de première période et il n’y a guère que ce plongeon d’Oliech devant Bisevac à l’entrée de la surface de réparation parisienne pour laisser espérer aux supporters auxerrois un retour de leur équipe. L’arbitre de la rencontre, Jean-Charles Cailleux siffle la fin de la première mi-temps. Paris mène logiquement mais on attend avec impatience le second but parisien pour se mettre définitivement à l’abri.
… puis se trompe de chemin
Au retour des vestiaires, Paris reprend sereinement sa marche en avant. Le jeu direct, souvent en première intention fait considérablement mal à la défense auxerroise. En défense, Alex est bien présent. Au milieu Bodmer joue plutôt juste et sa qualité technique permet de bien ressortir les ballons et de tenir haut la gonfle. A ses côtés, Motta est étrangement bien plus discret alors que Matuidi est au four et au moulin. Précieux dans la récupération du ballon, il multiplie les efforts pour harceler le porteur du ballon adverse et n’hésite pas à se projeter vers l’avant et à apporter le surnombre sur chaque attaque parisienne. Blaise Matuidi ou le retour de l’homme aux 4 poumons. Devant, Nenê, Gameiro et Ménez s’entendent bien et font planer le danger sur la défense de l’Yonne à chaque offensive. Mais Paris commence peu à peu à se montrer nonchalant et suffisant. Et les hommes du « Mister » vont avoir un premier coup de chaud. Chafni, plutôt inspiré tout au long de la rencontre la joue solo après un bon relais avec Kapo. Le marocain élimine Bisevac avec une superbe feinte, se présente face à Sirigu et allume une belle mèche au premier poteau. Un peu trop premier poteau. Le montant repousse la tentative de l’Auxerrois. A force de prendre son temps pour finir ces Auxerrois, le PSG s’endort et va peu à peu perdre le contrôle de la rencontre. Les joueurs de l’Yonne sont totalement remobilisés et tentent de profiter de l’inconstance du jeu parisien. Heureusement Salvatore Sirigu veille et détourne une tête piquée d’Oliech à bout portant une dizaine de minutes plus tard. Paris est de plus en plus mal. Auxerre croit en son retour et joue le coup à fond quitte à laisser des espaces derrière. Sur une contre-attaque parisienne, Ménez sert impeccablement Nenê parti à la limite du hors-jeu dans le dos de la défense centrale bourguignonne. Le n°10 parisien se présente seul face à Sorlin. Gameiro qui avait fait l’appel sur le côté gauche est seul face au but et attend le cuir pour le pousser au fond. Mais on connait Nenê et on se dit que quoiqu’il arrive il va se la jouer pour lui. Enrouler un intérieur du pied gauche petit filet opposé n’est d’ailleurs pas une si mauvaise idée que cela quand on connait la précision du bonhomme. Oui mais voilà Nenê aime la lumière, Nenê aime le show, Nenê aime les strass et paillettes, Nenê est brésilien et va chercher l’humiliation. Face à Sorlin il effectue deux roulettes mais le gardien auxerrois ne tombe pas dans le piège et capte le ballon dans les pieds du Parisien. Gameiro hurle. Ancelotti hurle. Motta hurle. Makélélé hurle. On hurle tous, on est fou de rage. Comment ? Pourquoi ? On a beau dire que Nenê a les qualités de ses défauts, qu’il nous a sauvé de situations bien compliquées, qu’il est l’auteur du premier but de la rencontre etc. Mais non, lorsque ton équipe est à la lutte pour le titre de champion à six journées de la fin, que la victoire est impérative pour rester au contact du leader, que tu mènes 1-0 mais que tu commences à sentir le vent du boulet passer alors qu’un second but mettrait définitivement ton équipe à l’abri tu n’as pas le droit de faire ça. Cette roulette qui donne en plus l’impression d’être faite beaucoup trop tôt face au gardien résume à elle seule l’attitude de certains joueurs offensifs parisiens cherchant avant tout la reconnaissance de leur talent individuel. Je me trompe peut-être mais cela fait très longtemps que je n’ai pas vu un grand joueur lors d’un rendez-vous important tenter (je ne parle même pas de réussir) un gri-gri de ce genre. Nenê n’est peut-être pas un grand joueur après tout.
L’égalisation méritée de Le Tallec
C’est le tournant du match. Il ne reste alors plus que 20 minutes à jouer et c’est l’heure du coaching pour Carlo Ancelotti. Maxwell légèrement touché à la cuisse a été remplacé par Armand tandis que Gameiro plutôt bon dimanche soir dans le jeu mais sans la moindre occasion à se mettre sous la dent laisse sa place à Javier Pastore. Wallemme de son côté joue le tout pour le tout et fait entrer deux nouveaux attaquants, Kossoko et Anthony Le Tallec. La pression est sur le but parisien. Le centre raté de Mandjeck prend la direction de la cage parisienne mais Sirigu repousse en corner, puis sur un centre fuyant Armand est à deux doigts de faire une entrée fracassante en envoyant de peu le ballon à côté de ses propres buts. Le technicien italien répond aux changements offensifs de son homologue bourguignon en remplaçant un Bodmer pourtant précieux dans le jeu vertical et la conservation du ballon en cette fin de match par Diego Lugano. Choix résolument défensif. Comme contre Marseille, Paris va jouer à cinq derrière pour conserver son maigre avantage. Etrange décision. Don Carlo a peut-être fait une petite erreur, le débat est ouvert. A la 87ème minute Kossoko prend de vitesse Lugano sur son contrôle à l’entrée de la surface de réparation parisienne. L’attaquant français pisté par l’OM pour la saison prochaine enchaine une frappe du gauche que Sirigu ne peut maitriser –fait rare cette saison-. Le cuir est repris par Oliech qui trainait par là, heurte le poteau et retombe dans les pieds de Le Tallec qui n’a plus qu’à pousser le tout dans le but vide. 1-1. Plus rien à signaler jusqu’au coup de sifflet final. Paris qui avait le match en main s’est montré incapable de faire le break et l’égalisation de l’AJA ne souffre d’aucune contestation.
Un coaching en question
A force de jouer avec le feu Paris a fini par se brûler. Dominateur mais irrégulier le PSG a peu à peu perdu de vue l’importance de ce match dans l’optique du titre de champion. Dans un match qu’ils « doivent gagner 2 ou 3-0 » comme l’indiquait Jérémy Ménez au micro de Canal, les Parisiens l’ont sans doute joué un peu trop « facile » en témoigne cette incroyable occasion ratée de Nenê. De leur côté les bourguignons méritent largement leur point du match nul. Bien revenus en fin de match, ils ont en tout et pour tout allumé 21 fois la cage de Sirigu contre 9 mèches côté Rouge et Bleu. Il y a également beaucoup à dire sur le coaching d’Ancelotti: faire rentrer Lugano pour les cinq dernières minutes, un joueur qui on le sait a besoin de temps pour rentrer dans ses matchs a de quoi surprendre surtout quand on sait que Sakho était aussi sur le banc. Après avoir gagné son premier duel, le défenseur uruguayen s’est fait prendre à chaque fois de vitesse sur les offensives auxerroises et s’est surtout fait enrhumer sévère par Kossoko sur le but qui entraine l’égalisation de l’AJA. Le tout pour le remplacement d’un Bodmer pourtant très utile dans la conservation du ballon et le lancement de contre-attaque soit le scénario de cette fin de match dans l’Yonne.
Les supporters parisiens les plus optimistes diront que cette journée n’a pas été si mauvaise que ça. Avec la défaite de Montpellier en terre bretonne, Le PSG a repris un petit point sur le leader héraultais. Mais Paris semble surtout voir son mental de champion se filer semaines après semaines. De moins en moins costauds dans les têtes –et cela n’aura sûrement pas échappé aux Montpelliérains-, les joueurs parisiens n’ont plus que six journées pour ravir ce titre… Mais on commence à se demander comment nos Parisiens peuvent-ils être champions en se montrant incapables de l’emporter face au dernier de notre championnat ? En sachant que Montpellier avait chuté quelques heures plus tôt…