Jérôme Rothen, on sait que le PSG est votre club de c“ur. Malgré les saisons difficiles que vous venez de vivre sportivement, êtes-vous toujours autant attaché à ce club ?
Je suis né en région parisienne et j™allais voir les matchs au Parc des Princes depuis que j™avais 4 ou 5 ans. J™ai toujours supporté Paris. J™aimais le maillot et les joueurs de l™époque. Cette passion s™est développée crescendo. Je peux vraiment parler d™amour pour ce club et cela aurait été un échec dans ma carrière si je n™avais jamais joué ici.

Est-ce le club par lui-même ou la ville qui vous fait vibrer ?
C™est un tout. C™est la raison pour laquelle c™était un rêve de jouer ici. J™adore ce club, ce stade, les vrais supporters parisiens¦ (Rires) Cette ville est magnifique. Ma vie après le foot se fera à Paris donc j™ai déjà la chance de vivre ma passion dans la ville que j™aime.

Quel genre de caractère faut-il avoir pour s™épanouir au PSG ?
Il faut être très ambitieux. Quand tu arrives dans ce club, le but n™est pas de se dire « j™ai atteint mon objectif car je joue à Paris ». Ce n™est pas une finalité. Il y a une pression médiatique et une obligation de résultats encore plus importantes qu™ailleurs. Les gens attendent beaucoup chaque saison, dès la première journée de championnat. Quand il y a une mauvaise ambiance, c™est compliqué aussi donc il faut avoir du répondant et du mordant. Au PSG, on ne peut pas se permettre d™avoir des joueurs qui regardent leurs chaussures quand cela ne va pas. Il faut être fier de porter ce maillot, c™est un caractère à part. On peut être très un bon joueur et ne pas réussir à Paris. Ce fût le cas de pas mal de monde. En règle général, quand un grand joueur signe ici, il y arrive parce qu™il a de l™expérience et un état d™esprit irréprochables. Avec des joueurs comme Giuly ou Makelele, il n™y aucun risque parce qu™ils ont les épaules pour endosser les responsabilités qu™on nous donne ici.

L™arrivée de ces deux joueurs vous rendent-elles optimiste ?

Je l™espère. C™est la cinquième année que je débute avec le PSG. J™avais d™énormes ambitions quand j™ai signé ici et finalement, j™ai connu beaucoup de désillusions, même si on gagné deux coupes... Cette saison, le club montre qu™il est ambitieux sur le papier et qu™il veut sortir de cette mauvaise passe. Les deux années précédentes, le club a misé sur les jeunes. Mais trop de jeunes ici, cela ne peut pas fonctionner. Les dirigeants prennent des risques et c™est bien car on a tous envie de relever la tête.

Quel serait votre rêve le plus fou pour envisager la saison prochaine au PSG ?

Tout gagner¦ Quand tu es compétiteur et que tu as vécu des moments pénibles, tu ne peux vouloir que cela : terminer tout là haut et tout gagner. Pour finir dans les trois premiers, il va falloir doubler quatorze ou quinze équipes par rapport à l™année dernière. Est-ce qu™on a les moyens de le faire ? Je ne sais pas. Mais si on reprend une place parmi les sept premiers du championnat, je veux déjà bien jouer le coup comme ca ! Mais ce ne serait pas être ambitieux¦ Lyon, Marseille et Bordeaux sont en avance sur nous qui sommes en reconstruction. Cela peut aller vite parce que j™ai vraiment l™impression que depuis quelques semaines, la mentalité du vestiaire a changé.

« J™étais au bord de la rupture »

Le PSG est-il dans une nouvelle dynamique cette saison ?
Il y a plus d™ambitions, une meilleure entente. Les joueurs expérimentés qui sont arrivés ont déjà beaucoup donné au football mais ont envie de donner encore. Ils ont toujours de l™ambition, ce sont de vrais passionnés et c™est ce qui nous manquait un peu aussi. La nouvelle génération est moins passionnée que nous à l™époque. Oui je sais, je parle comme un vieux. Mais dans le discours des jeunes, on entend surtout parler d™argent, d™aventures à l™étranger. Avec l™arrivée des plus d™anciens, cette mentalité de passionnés va prendre le dessus sur celle des plus jeunes¦

Vous paraissez soulagé par l™arrivée de ces joueurs cadres ?

Au moins, en cas de coup dur, il y aura davantage de joueurs visés et ce ne sera pas plus mal ! Plus sérieusement, chaque ligne aura un joueur d™expérience et cela va servir à toute l™équipe.

L™an dernier, vous avez reçu des menaces directes de supporters. Sans parler des dégradations commises à votre domicile... Avez-vous eu peur pour votre famille et vos deux enfants, Matéo et Ambre ?
C™est désolant ce qui s™est passé. Je fais du foot pour vivre des sensations fortes mais pas celles-lঠCes gens ont dépassé des limites et m™ont donné envie d™arrêter. Honnêtement, je me suis posé la question de savoir si cela valait le coup de continuer. Oui, je fais du foot. Oui, je vis ma passion. Oui, je gagne bien ma vie et je suis heureux. Mais si cette passion doit devenir un cauchemar, j™arrête.

Etiez-vous vraiment prêt à mettre un terme à votre carrière ?
Quand tu sais qu™ils sont capables de venir chez toi, de crever tes pneus avec des couteaux énormes ou te laisser des lettres de menaces, tu sais qu™ils sont capables de tout. Si la voiture n™était pas dehors, est-ce qu™ils n™auraient pas essayé de rentrer ? On se pose beaucoup de questions. Le plus important pour moi à ce moment-là, c™était de protéger mes enfants parce que c™est ce que j™ai de plus cher. Je me suis dit : « si jamais il arrive encore un truc, un seul, j™arrête tout et je range les crampons¦ » Ce n™est pas évident d™être suivi par un flic pendant plus d™un mois et qu™il soit là à la sortie de l™école pour être sûr qu™il n™arrive rien à vos enfants. Mon amour pour le club a finalement inversé la tendance mais vraiment, j™étais au bord de la rupture.

Etes-vous fier d™avoir su faire face à ce passage difficile ?
Aujourd™hui, je suis surtout fier de ne pas avoir donné raison à cette poignée de pseudo-supporters qui ont voulu me faire basculer. C™est une énorme victoire, peut être la plus belle depuis que je suis à Paris. (Silence). Oui, c™est sûr, cela représente davantage à mes yeux qu™une victoire sur un match ou dans une coupe.
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