Qui de Paris ou Montpellier sera sacré champion de France cette saison ? Si personne ne le sait, il semble évident que la France a choisi son favori.
Et ce favori est sudiste. En effet que ce soit dans la presse ou au quotidien, à chaque coin de France, hormis la capitale, chacun semble avoir une préférence pour le club héraultais.
Mais pourquoi cette préférence ? Plusieurs éléments viennent appuyer cette préférence.
• La capitale face à la Province
Premièrement, tout simplement parce qu’il y a toujours eu en France une rivalité entre la capitale, Paris, et la province. Une rivalité qui prend tout son sens lors des Classico entre Paris, capitale et Marseille qui serait le représentant de cette grande « province ».
Et cette rivalité est présente déjà depuis le XIXe siècle. Balzac expliquait d’ailleurs « Sachons-le bien ! La France, au dix-neuvième siècle, est séparée en deux grandes zones : Paris et la province ». Oui, historiquement il y a toujours eu cette séparation entre la capitale et le reste de la France. Paris se voulait être le chef de file de la France. Elle était le point de départ de toutes les révoltes que la France a connu depuis des siècles. Et tous les historiens s’accordent à dire que durant les révolutions et révoltes en France, Paris avait une suprématie définie et prouvée. Cela a donc encore plus accentué cette rivalité. Et malgré un désir d’union et de fraternité entre ses « deux zones », la dichotomie entre Paris et sa province persiste.
Cette hégémonie parisienne s’est tout de même affaiblie tout au long de l’histoire mais elle est aujourd’hui encrée dans les mœurs et accentue donc cette rivalité.
Cette opposition s’est aujourd’hui superposée dans le football où l‘OM se veut être le représentant de cette province qui souhaite lutter contre l‘hégémonie de la métropole française, puissante et influente. On parle même de duel entre « Marseille la populaire contre Paris la hautaine ». Marseille représenterait donc la France qu’on aime, la France du peuple, des classes populaires face à une capitale qui aime montrer sa puissance, sa richesse, qui aime se savoir plus forte que les autres, qui aime se faire désirer avec un comportement hautain.
Et aujourd’hui plus qu’hier ce favoritisme s’est accentué en raison de l’arrivée de riches investisseurs au PSG qui viendrait appuyer le fait que Paris serait hautain avec bien trop d’argents face à des clubs aux moyens limités. Une forme de jalousie a donc pointé le bout de son nez face à des clubs souvent dans l’impasse financièrement. Carlo Ancelotti s’en est bien rendu compte. Lors d’un entraînement, il a reconnu que la province préféraient « voir Montpellier champion de France » face à l’ogre parisien.
Si le reste de la Ligue 1 doit donc surveiller ses dépenses, le club de la capitale peut dépenser autant qu’il le désire. Il est d’ailleurs prévu que le directeur sportif parisien, Leonardo, et l’entraîneur, Ancelotti, auraient à leur disposition 100 millions d’euros pour le mercato d’été.
• L’argent contre la passion ?
Ces 100 millions d’euros représentent une somme faramineuse qui laisse rêveur des Marseillais, qui doivent surveiller leur dépense et qui devront certainement vendre des joueurs pour combler les pertes liées à une possible non participation à la prochaine Ligue des Champions.
Par ailleurs, aujourd’hui dans cette course au titre, la presse, les acteurs du championnat et les supporters se font l’écho d’un duel « argent contre passion » où l’argent serait bien évidemment le symbole du PSG alors que la passion représenterait ce petit club de Montpellier aux moyens limités mais avec une passion illimité pour leur club. Faudrait-il rappeler que pendant que le PSG remplit son stade tous les 15 jours, de son côté le club héraultais peine à attirer des spectateurs alors qu’il joue tout de même le titre ?
Cette opposition argent/passion serait pour la plupart incompatible. On ne pourrait pas être riche, et donc avoir comme ambitieux de devenir un grand club, et en même temps prétexter être habité d‘une passion sans limite. Cette opposition est aujourd’hui une absurdité. Paris en est le symbole.
Si certains supporters parisiens voient d’un mauvais œil l’arrivée massive d’argents, la plupart s’accorde à dire qu’elle était nécessaire pour faire de Paris le plus grand club du monde. Quand on s’appelle Paris, être grand devrait être une évidence. Paris, c’est une marque, reconnue dans le monde entier, envié et aujourd’hui jalousé par le reste de la France qui ne porte pas une marque aussi forte et grande que Paris à l’échelle internationale. Il est évident que lorsque l’on demande à un New-yorkais de citer une ville française, il répondra Paris, c’est aujourd’hui un fait. « Ajoutez deux lettres à Paris : c'est le paradis. » affirmait Jules Renard.
Et malgré l’ambition d’avoir un grand club à Paris, la passion reste intacte. Les supporters parisiens soutiennent et encouragent leur club comme pourrait le faire un supporter marseillais ou lyonnais et ce n’est pas le fait d’avoir de l’argent qui changera les choses, bien au contraire. L’amour ne disparaît pas sous prétexte que la personne que l’on aime change de classe pour se positionner parmi les plus riches.
Il est donc évident que l’on peut associer l’argent avec la passion aujourd’hui et entendre des supporters de clubs de Ligue 1 dire c’est « l’argent contre la passion » relève de l’absurdité la plus totale et de l’illogisme pur et simple.
• L’argent, un tabou bien français
Et pourtant Paris devra s’y faire. En France, l’argent reste un sujet tabou. Les Français auraient toujours en tête qu’une personne qui s’enrichit le fait sur le dos des travailleurs. La morale bien française voudrait une égalité des salaires avec une répartition des richesses équitables. Si cette valeur morale peut être admirable et justifiée, il en reste pas moins que demander à une personne combien elle gagne est très mal perçue voire parfois scandaleux.
En arrivant en France, les Qataris auraient donc pu se douter qu’exhiber son argent en recrutant massivement aller choquer un pays tout entier, surtout en ces temps de crise. Et malgré tout, les ambitions sont passés au dessus de ce tabou à la française.
Posséder de l’argent rend jaloux et incite à la détestation. L’argent parisien pousse donc encore plus la plupart des non supporters parisiens à espérer voir Montpellier champion cette saison pour ainsi faire passer un soi-disant message qui voudrait que « l’argent ne fasse pas tout ». Il est évident que l’argent ne fait pas tout, mais il est aussi évident qu’il facilite la vie d’un club de football. Aujourd’hui tous les plus grands clubs en possèdent que se soit Barcelone ou Manchester United.
Paris devra par ailleurs s’habituer à entendre tous ces discours où l’argent opposerait donc la passion. Mais il faudra aussi prendre pour habitude d’entendre en cas de victoire « Avec de l’argent c’est plus simple de gagner » ou bien en cas de défaite ce sera les « l’argent ne fait pas tout » qui ressurgiront.
Quoi que le PSG fasse il continuera à être détesté par la province, qui sera d’autant plus motivée par le fait de faire chuter le grand et riche PSG. La Ligue 1, contrairement aux autres championnats majeurs européens, n’a pas l’habitude de voir circuler autant d’argents. Mais il va falloir s’y faire, Paris veut changer de cour et jouer dans la cour des grands.