Les fins de match diaboliques de Manchester United l'année dernière en Premier League avaient donné naissance au fameux "Fergie Time", symbolisant l'extraordinaire capacité des joueurs de Sir Alex à remporter leurs matchs dans les dernières minutes. Au total, lors de l'exercice 2010-2011, les Red Devils n'avaient glané pas moins de 14 points dans les 5 dernières minutes leur assurant ainsi le sacre national en devançant de 9 points les Blues de Chelsea. Le manager écossais l'avait d'ailleurs reconnu, son équipe "a une énorme qualité, elle n'abandonne jamais".
Et aujourd’hui si il y a bien une équipe qui semble s'être inspirée de ce mental de champion c'est bien le Paris Saint Germain version 2011-2012 et encore plus celui d'Ancelotti.
Avec 8 buts marqués dans les arrêts de jeu, le PSG est l'équipe française la plus prolifique dans le temps additionnel. Mais outre le fait d'assurer des victoires contre des équipes jugées plus faibles dans les dernières minutes comme ce fut le cas face à Ajaccio au Parc il y a 3 journées (but de Hoarau à la 87e et de Nênê à la 90e+2), le PSG profite de ces fins de match canons pour récolter de précieux points en vue du titre de champion de France...
« L’Ancelotime »
Ces dernières semaines, rien qu'avec les égalisations en fin de match de Guillaume Hoarau face à Montpellier et à Gerland face à l'OL, de Christophe Jallet à Caen le week-end dernier et le but victorieux de Kevin Gameiro à Dijon, le PSG a engrangé 5 points dans ce que l'on pourrait appeler "l'Ancelotime". 5 points qui peuvent même en représenter 6 si l'on considère que l'égalisation face à Montpellier nous a permis de prendre 1 point mais surtout d'en retirer 2 à notre actuel dauphin. Par un simple calcul, on constate que sans ces 5 points arrachés face à Montpellier, Lyon, Dijon et Caen, le PSG pointerait à la seconde place du classement avec un total de 54 points, soit 5 points de retard sur Montpellier qui en compterait 59 avec leur victoire au Parc des Princes. Soit un avantage significatif à 11 journées de la fin.
Au lieu de ça le PSG est aujourd’hui premier avec 2 points d’avance et pour ceux qui doutaient encore du réel bienfait de l’arrivée de Carlo Ancelotti sur le banc du PSG, cette statistique qui relève de tout sauf du hasard pourrait s’avérer décisive au moment de faire les comptes en fin de saison. Car si sur le plan du jeu le PSG version Ancelotti n’est pas beaucoup plus séduisant que le PSG de Kombouaré c’est bien dans l’état d’esprit que le changement est le plus notable. Le manager italien a su apporter à l’équipe parisienne, l’ingrédient clé qui fonde les grandes équipes et les porte jusqu’aux titres : un mental de champion. En quelques semaines, le PSG a développé une véritable haine de la défaite et une certaine culture de la gagne que l’on ne retrouve pas en France aujourd’hui (pas même dans l’Hérault..). Il a réussi à mettre en place une compétition saine où l’objectif primordial est le succès de l’équipe bien avant les intérêts individuels de chacun; chaque joueur de l’effectif se tient désormais prêt à tout moment pour aider l’équipe à vaincre. Il suffit de regarder sur le terrain, les fondamentaux du football, révélateurs de la cohésion d’un groupe, à savoir le bloc équipe et le pressing collectif sont bien plus tranchants aujourd’hui qui ne l’étaient sous l’ère Kombouaré. Tout le monde s’accorde à le dire le groupe vit extrêmement bien et a envie de faire quelque chose de grand ensemble. Bien loin semble être l’époque où l’on entendait parler à gauche à droite d’un Javier Pastore en retrait, effacé, « pas heureux » à Paris et faisant la gueule tout comme un Jérémy Menez à chaque fois que Kombouaré décidait de le remplacer.
L’ambiance au sein de l’équipe a totalement changé, en témoigne la plus grande implication collective de nos ex-solistes de devant à savoir Menez, Pastore et Nênê et surtout la joie collective des parisiens que ce soit lors du but victorieux de Gameiro à Dijon et celui égalisateur de Hoarau à Lyon où à chaque fois le banc parisien s’est levé comme un seul homme pour féliciter ses héros.
Déjà 4 joueurs entrés en cours de jeu ont marqué en 2012, aucun club n’a fait mieux en L1
Il n’en parle pas beaucoup mais Carlo Ancelotti a toujours eu des liens très forts avec ses joueurs et tous gardent un très bon souvenir de l’homme et du manager que ce soit à Milan ou à Chelsea. Tous les joueurs qui l’ont eu comme entraineur vous le diront. Le tacticien italien sait tirer le meilleur de ses joueurs, il a les mots justes, les bonnes méthodes, le bon coaching pour mettre l’individu au service du collectif. Le coaching parlons-en justement! La compétition est saine entre les joueurs qui savent qu’ils auront tous la possibilité de s’exprimer et d’apporter leur pierre à l’édifice. Le « Mister » est un manager doté d’une finesse psychologique qui n’a que très peu d’égal en Europe. Il l’avait déjà démontré en Janvier lors d’une interview où il prévenait de la nécessité pour le PSG de s’appuyer dans le futur sur un noyau dur de jeunes joueurs français au potentiel international afin de maintenir l’identité du club de la capitale à l’heure où certains supporters fustigent l’arrivée d’investisseurs et de joueurs étrangers. Il l’a par la suite redémontré en relançant tour à tour aux bons moments Hoarau puis Gameiro, en faisant entrer en jeu à Dijon puis à Caen le très symbolique Sylvain Armand à la plus grande joie des supporters parisiens, ou encore en réintégrant dans le groupe Peguy Luyindula véritable pestiféré de la nouvelle direction parisienne … Carlo Ancelotti connait le football et ça se voit, rien n’est laissé au hasard. Si l’on ajoute à cela le coaching gagnant matérialisé notamment par le fait qu’en 2012 déjà 4 remplaçants parisiens entrés en cours de jeu ont marqué (ndlr Hoarau face à Montpellier, le revenant Ceara à Lyon, Gameiro à Dijon et Jallet à Caen), on obtient un ingrédient indispensable à la réussite d’une équipe : un groupe collectif soudé avec une grosse force mentale où chacun est prêt à tout pour aller au bout.
Les joueurs ont pris conscience de cette force de caractère collective mais ils savent aussi qu’elle ne sera peut-être pas suffisante pour décrocher le titre comme en témoignait Blaise Matuidi à l’issue du match face à Caen: « On n'a pas fait un grand match. On a tout de même eu cette force de caractère pour revenir à 2-2. Mais il faudra faire attention car ce ne sera pas toujours comme cela ».
Si l’incroyable 4-4 arraché à Gerland est l’évènement fondateur de la cohésion parisienne, elle n’est en rien le fruit du hasard mais la conséquence d’un management et d’un coaching que l’on retrouve dans les plus grands clubs européens qui cultivent la culture de la gagne, le refus de la défaite et qui affichent une force mentale et collective d’une rare solidité. Cette semaine Sylvain Armand le reconnaissait, il retrouve des points de similitude entre son Nantes champion de France en 2001 et le PSG de cette année ; le talent est l’un d’eux, tout comme la force de caractère du groupe, le brin de réussite qui fait la différence et bien entendu les points arrachés dans les dernières minutes… Il n’y a pas de vérité dans le football on le sait, mais cette histoire commence à sentir très bon…