""
Capture d'écran de Canal + faite par Europe1
 
Depuis son arrivée à Paris cet été, Leonardo se voulait discret avec les médias en accordant que très rarement des interviews. L’une des dernières en date était lors de son passage sur les ondes de RMC dans l’émission de Luis Fernandez. 
 
Et hier soir, l’homme fort du PSG est sorti de son silence et a accepté l’invitation de l’émission sportive de Canal + : le Canal Football Club. Durant cette émission de plus d’une heure, Leonardo a répondu à toutes les questions d’Hervé Mathoux : ses débuts en tant que directeur sportif, son passage en tant que joueur dans la capitale, sa vie en Italie, l’OM, Ancelotti, le mercato … Tout a été passé au crible, mais dans le fond cette émission nous a-t-elle permis d’en savoir plus à son sujet et au sujet du PSG ?
 
• Leonardo, un Parisien dans l’âme
 
Il a quitté la capitale française depuis 1997 mais était dans le fond toujours resté à Paris. Son retour était programmé. Son dernier match sous les couleurs parisiennes a eu lieu un certain 27 août 1997 lors de la victoire 5-0 face à Bucarest au Parc des princes. Après avoir perdu 3-0 sur tapis vert au match aller, le miracle était encore permis et il a bien eu lieu. Un miracle en guise de départ de Leonardo qui n’aura posé ses valises à Paris durant à peine une saison, mais cette saison au PSG l’a marqué à jamais et son retour était prévu, était espéré et a bien eu lieu. Le directeur sportif du PSG entre 1991 et 1998, Jean-Michel Moutier, avouait lors d’une interview au Parisien que Leonardo n’oubliera jamais ce que Paris lui a apporté : « Il voue une grande reconnaissance au PSG [...] Le PSG lui a offert l'opportunité de relancer sa carrière. Et ça, il ne l'oubliera jamais. ». 
 
Lors de son passage au CFC l’actuel directeur sportif parisien revient d’ailleurs sur son dernier match avec le PSG et c’est avec émotion qu’il évoque ce moment lors de l’émission : « Ce match-là est très fort pour nous, l’histoire de ce match était incroyable car je ne jouais pas, j’étais en équipe nationale. Il y avait eu le problème de la défaite sur tapis vert car Laurent Fournier avait joué alors qu’il était suspendu. Ça avait été vraiment difficile de gérer cette semaine-là. Le président Denisot nous avait dit que nous avions l’opportunité de marquer l’histoire. Quand « Flo » Maurice a marqué le quatrième but, le stade a explosé. Nous nous sommes qualifiés et le lendemain, je suis parti à Milan, c’était encore plus fort de partir dans ces conditions. »
 
Alors sa signature le 13 juillet 2011 à Paris en tant que directeur sportif n’a pas dû étonner grand monde, car Leonardo n’avait finalement jamais quitté la France et sa Ville Lumière. 
 
• Une arrivée prometteuse malgré des débuts difficiles
 
L’intronisation de Leonardo au poste de directeur sportif parisien par les propriétaires Qataris a donné le ton. En effet, le PSG se devait de redevenir grand et pour cela les Qataris ont visé haut. Leonardo c’est le haut niveau. Un homme intelligent, qui n’aime que la perfection, un homme charismatique et respecté dans le milieu du football, son passage en Italie ayant énormément joué. Le président français, Nicolas Sarkozy, parle de Leonardo comme étant « la classe absolue » et sur ce point il n’a pas tort. 
 
Mais malgré l’arrivée de neuf joueurs, dont Pastore, les débuts de Leonardo ont été accompagnés de quelques difficultés. Très respecté en France, ces dernières semaines une partie des supporters parisiens (pas tous) lui ont reproché le licenciement d’un entraîneur qui était pourtant premier de Ligue 1. La presse et les supporters l’ont aussi parfois fait responsable de la fameuse crise de novembre, sachant que la rencontre entre Leonardo et Ancelotti durant cette même période aurait déstabilisé une partie des joueurs. Une déstabilisation qui aurait joué sur les résultats de l’équipe, dont la fameuse humiliation au Vélodrome, 3-0. A cela, Leonardo répond : « C’est la tradition dans le football, ça n’existe pas trop en France. Nous voulions changer d’entraîneur dès notre arrivée pour organiser doucement la nouvelle gestion et le contrôle des entraînements. Antoine a toujours su tout ça. Nous avons peut-être anticipé, mais j’ai beaucoup de respect pour Antoine, donc il était toujours au courant de tout. Je n’allais pas dire chaque dimanche que je mettais Antoine au courant de tout ce qui se passait au club. Je n’ai rien contre la presse, mais c’était trop sur moi. Mais nous allons arriver doucement à une communication normale. Dans un grand club, il y a toujours de la confusion. »
 
Leonardo explique donc que le départ de Kombouaré était prévu, il est évident qu’on s’y attendait tous, Kombouaré le premier. Si certains peuvent reprocher à Leonardo un problème de timing, dans le fond, le changement d’entraîneur était essentiel pour réellement faire basculer le PSG dans une nouvelle ère. 
 
• Un PSG en reconstruction
 
Alors qu’il y a quelques saisons encore le PSG jouait le maintien, désormais c’est tout autre chose. Mais le changement, ce n’est pas maintenant. Le changement, cela prend du temps. Une équipe se construit sur le long terme et non pas sur le court terme. Les Rouge et Bleu ont tout pour devenir l’un des plus grands clubs du monde, mais le chantier reste colossal et cela Leonardo le sait parfaitement. Alors si certes il a fait des erreurs, il le dit lui-même il n’en a pas peur et comme l’expliquait Churchill : « Le succès c’est d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme ». Cette citation colle parfaitement à Leonardo qui sait qu’il commettra des erreurs qui permettront à Paris de gravir le sommet de l’Europe : « Sincèrement, je n’ai pas peur de faire des erreurs. Je ne pense pas à mon image, j’ai été joueur du PSG, c’est fini, aujourd’hui, je dois prendre des décisions et dire ce que je pense. On a des contrats de travail et des objectifs, c’est ça le plus important. Le plus important, ce n’est pas moi. Je ne suis pas le patron au PSG. C’était trop rivé sur moi depuis le début, mais on va changer doucement. Les joueurs et l’entraîneur doivent avoir derrière eux un club qui peut leur permettre de gagner des matchs et quand je suis arrivé, le club n’était pas structuré. Il y a la marque PSG et la ville, Paris, mais il n’y a pas d’identité ni de gestion, le club doit créer ça. Il est obligé d’avoir une structure. »
 
Oui, Paris est la plus belle ville du monde, oui Paris c’est la Ville Lumière et ses monuments sont d’une beauté divine, oui Paris est une ville qui fait rêver, mais jusqu’à aujourd’hui on ne pouvait pas en dire autant du club, de son club. Jusqu’à présent, le PSG n’attirait pas, mais l’arrivée de Leonardo et récemment d’Ancelotti vont certainement changer la donne, mais encore une fois, il va falloir être patient pour se construire sur le plan européen. 
 
Et un club ne peut être grand sans argent, c’est la réalité du football qui parle. Aujourd’hui le football c’est l’argent et Paris a enfin la chance d’en bénéficier, donc pourquoi s’en priver ? Certains, sans doute jaloux, trouvent toujours quelques choses à dire à ce sujet. L’argent c’est mauvais, l’argent c’est mal … mais ce n’est pas le monde des bisounours. Vous ne voulez pas de grand club qui fasse rêver l’Europe entière ? Vous ne voulez pas voir les plus grands joueurs du football porter les couleurs d’un club français ? Dans ce cas, adieu les Barcelone, les Real Madrid, les Liverpool et les deux Manchester. Cette mentalité bien française d’avoir un dégoût pour les gens qui réussissent et d’avoir l’argent comme tabou rendent difficiles la tâche de Leonardo et de tout le staff parisien. La réussite fait jalousée, mais de ce point de vue-là, il vaut mieux être jalousée plutôt que d’être le jaloux. A ce sujet, le directeur sportif déclare : « Le football nécessite d’avoir de l’argent. Toutes les équipes qui gagnent mettent beaucoup d’argent pour gagner. »
 
• Les Qataris : sauveurs des Parisiens
 
L’arrivée des Qataris au PSG a aussi fait parler. Des questions se sont posées depuis leur arrivée : Pourquoi avoir racheter le PSG ? Quelles sont les intérêts pour les Qataris ? La plupart des gens qui se pose cette question estime que les Qataris ont débarqué au PSG dans l’optique d’accroître la visibilité de leur petit pays. Le Qatar veut se montrer au monde et le rachat du PSG, club d’une des villes les plus puissantes de la planète, rentre dans leur stratégie. Ils prennent ainsi plus de place en Europe. Ce rachat suit aussi l’attribution de la Coupe du Monde 2022 au Qatar, c’est donc dans cette logique que Paris a été racheté par des Qataris. 
 
Mais à écouter Leonardo, la venue des Qataris est loin d’être stratégique, bien au contraire. Le directeur sportif estime qu’ils sont là par amour de la ville de Paris, tout simplement. Rêveur Leonardo ? Peut-être pas, en effet le prince héritier du Qatar et propriétaire du PSG parle la langue de Molière mieux que quiconque, il a d’ailleurs fait ses études à Paris. Il aime donc profondément la Ville Lumière et y est attaché. Leonardo le dit clairement : le Qatar est amoureux du PSG : « Si le Qatar est là aujourd’hui, c’est parce que pour un pays petit, il a une économie fabuleuse, mais surtout parce que c’est un pays amoureux de la France et du PSG. C’est un risque pour les Qataris, mais c’est la passion qui fait qu’ils sont là. C’est la seule chose. »
 
Mais finalement cette question reste secondaire. Le plus important est que les Qataris ont des ambitions à la hauteur de notre club : devenir le plus grand club du monde. Et rêver grand impose qu’on débourse des sommes faramineuses. Mais l’argent, pour le Qatar, c’est loin d’être un problème. 
 
L’achat de joueurs est important, mais pour en attirer, il faut un grand entraîneur. Et des grands entraîneurs il y en a pas des tonnes dans le monde. Carlo Ancelotti fait parti du cercle très fermé des plus grands techniciens de la planète et heureusement pour le PSG il était libre. Son ami Leonardo l’a donc convaincu de rejoindre la capitale et son projet ambitieux. Leonardo évoquait cette arrivée, et fait à nouveau référence à l’ancien entraîneur parisien, Antoine Kombouaré : « Je ne suis pas là pour faire une comparaison par rapport à avant, l’important est de créer l’esprit que l’on souhaite maintenant. Pour Antoine Kombouaré, c’était très difficile, il sait qu’on a pensé à changer d’entraîneur dès le début. Ce qui est bien c’est d’avoir plusieurs alternatives à un système. Ancelotti est un des entraîneurs les plus forts au monde. Cette année, c’était Guardiola, l’année dernière, c’était Mourinho, Ancelotti a ce niveau-là, et cette expérience-là. Je ne suis pas là pour faire une comparaison avec l’ancien entraîneur, Ancelotti a une expérience telle qu’il connaît tous les systèmes. »
 
Ancelotti est le meilleur donc au même titre que Mourinho et Guardiola. Paris peut se réjouir de l’avoir dans ses rangs. La perle rare est au PSG et compte bien gravir les échelons de la réussite avec ce club. 
 
Leonardo, puis Ancelotti : à qui le tour donc ? Ronaldo, Maldini ? Deux légendes du football à Paris, cela laisse rêveur et pourtant c’est bien de cela qu’on parle. En ce qui concerne Ronaldo, s’il semble profondément être supporter du PSG, il semble très peu probable de le voir dans les semaines qui viennent rejoindre le staff parisien mais pour ce qui est de Maldini, on peut l’envisager lorsque l’on entend Leonardo s’expliquer sur ce point-là : « Il faut arrêter de penser que tout est programmé. Ronaldo, c’est vraiment notre amitié qui l’a fait venir. Il avait promis de venir et a été très gentil avec les joueurs. Maldini, lui, il est venu car il est curieux. Peut-il intégrer le staff du PSG ? Il est déjà proche de nous. Sa vision du football est vraiment complète, je ne dis pas qu’il va travailler avec nous, il organise tranquillement son futur mais il va sûrement être proche de nous. »
 
Leonardo avoue donc que Maldini organise son futur et qu’il sera très probablement proche du PSG. Après qu’entend-il par proche ? On le saura certainement dans les semaines ou les moins qui viennent. 
 
Et qui dit grand club, dit concurrence. Que se soit Sakho ou Lugano, ils devront tous faire face à la concurrence et devront se battre pour obtenir une place de titulaire : « Personne n’a une place de titulaire aujourd’hui. Gameiro est obligé d’entrer dans ses limites physiques pour gagner sa place. Lugano et Sakho n’ont pas de place, c’est le choix de l’entraîneur. On a 25 joueurs et les 25 doivent arriver à 100% pour permettre à Ancelotti de faire ensuite des choix. » Les joueurs sont donc prévenus, il n’y a plus de titulaire indiscutable au PSG. 
 
• Quel avenir pour le Parc des Princes ? 
 
Dernier sujet en date qui secoue le club de la capitale : le dossier du Parc des Princes. En effet, ces derniers temps un déménagement définitif du PSG vers le Stade de France était envisagé selon la presse. Un déménagement dont la plupart des supporters parisiens refusent. Ces derniers estiment, à juste titre, que le Parc des Princes est et doit rester la maison du PSG, c’est un monument du PSG. Il est lié à l’histoire de ce club et quitter un monument si important serait perçu comme une insulte. Luis Fernandez et le maire de Paris sont d’ailleurs aussi réticents à ce déménagement. 
 
Mais pourtant, la vétusté du Parc est flagrante, il va falloir faire quelque chose. Reconstruire un nouveau stade ? Certainement pas avant l’Euro 2016, sans compter le fait qu’il faudrait trouver un lieu approprié. Déménager au Stade de France ? Si les Qataris optaient pour cette dernière option, nul doute qu’une majeure partie des supporters s’opposeraient clairement à ce projet. 
 
Ce dossier sensible est certainement à l’étude en coulisse et il prendra du temps et de la réflexion : «C’est une étude importante que le club fait actuellement. L’important est d’avoir le stade avec lequel on pourra atteindre nos objectifs. Aujourd’hui, la pelouse est dans un état terrible, par exemple. Je n’ai jamais dit que le stade était inapproprié ou trop vieux, mais les faits sont là : c’est un stade qui a quarante ans. Après, le Parc sera toujours le Parc, ça ne changera pas, mais on doit trouver un stade adapté à l’Europe. Regardez les stades en Allemagne, ils font quinze fois plus de recettes que le Parc. Si on veut faire concurrence aux plus grands clubs européens, il faut faire quelque chose. C’est à l’étude, mais tout le monde veut rester au Parc. »
 
Leonardo semble donc vouloir rester au Parc. Des aménagements suffiront-ils dans ce cas-là ? Voici des questions qu’on est en droit de se poser, mais régler le problème du Parc des Princes prendra du temps, beaucoup de temps …
 
• Pour ne pas changer parlons mercato
 
Mais s’il y a bien un sujet qui ne cessera de faire parler, que l’on soit en septembre ou en janvier, c’est bien sur le mercato. Il suffit d’allumer sa télévision et de mettre les chaînes sportives ou bien d’ouvrir un journal sportif pour se rendre compte que chaque jour qui passe une rumeur mercato du côté de la capitale agite la presse.  Et il y a des jours où on n’y comprend plus rien : un coup Pato est Parisien, dans l’heure qui suit il déclare vouloir rester au Milan, puis le lendemain les supporters milanais n’en veulent plus … Les périodes de mercato ont de quoi rendre fou les supporters parisiens. Au sujet de Pato, Leonardo le confirme discrètement, il ne viendra pas. Pour ce qui est de Beckham, ce dernier semblait avoir envie de rejoindre le PSG mais des raisons familiales ont tous fait basculer : «Paris, c’est Paris, je crois qu’on ne se rend pas compte, mais nous n’avons pas un club qui attire les joueurs, car nous ne jouons pas la Ligue des Champions. Beckham n’est pas venu pour des raisons familiales, mais il a tout fait pour s’organiser et pouvoir venir, car c’est Paris. Pato, c’est comme ça, c’est le Mercato, ça va arriver dix fois des histoires comme ça. De notre côté, nous avons beaucoup de choses à faire, nous devons d’abord grandir pour pouvoir attirer des joueurs comme ça. Pour acheter un joueur au Brésil aujourd’hui, c’est très difficile. Neymar a un salaire supérieur à tous les joueurs de notre équipe. »
 
On en revient au sujet de l’argent. Paris est en Ligue 1, un championnat qui est loin d’être attirant. Si un joueur à le choix entre jouer en Ligue 1 ou jouer en Angleterre, que choisira-t-il ? La réponse est toute trouvée même si aujourd’hui la puissance financière du PSG peut faire bouger les choses. 
 
De plus, une question lui a aussi été posée sur le fait que le PSG ne recrute pas ou presque pas en France. Mais Leonardo dément recruter en fonction de la nationalité malgré qu’un certain air italien plane au dessus du PSG : « Pour les joueurs comme pour les entraîneurs, c’est difficile d’avoir une équivalence en France par rapport à l’étranger. Le règlement UEFA est d’avoir sept joueurs formés en France. Aujourd’hui, il est question de prêter Bahebeck et Kebano, je pense qu’ils doivent rester. Je n’ai rien contre la France. Si Ancelotti est venu, ce n’est pas parce qu’il est italien, mais parce que c’est Ancelotti. Pareil pour Pastore. Il est là parce qu’on pense qu’il est bon, pas parce qu’il est argentin. »
 
 
 
Intelligent et toujours souriant, l’homme fort du PSG se moque de ses détracteurs, son seul objectif est de faire du club qui l’aime le plus grand. La route sera longue mais il le sait, Paris est magique et deviendra grand, très grand.