SAFONOV, MARQUINHOS ET PACHO
Le Paris Saint-Germain s’est qualifié pour les demi-finales de Ligue des champions pour la troisième fois consécutive. Quatre buts marqués, aucun encaissé face à Liverpool sur la double confrontation. À Anfield, mardi soir, sous la pluie et sous tension, les parisiens n’ont pas maîtrisé le match mais ont résisté à un long siège entre la 45e et la 70e minute. Liverpool a frappé, insisté, poussé sans relâche. Paris reculait, absorbait, tenait. Derrière, trois hommes ont tout fermé.
Marquinhos a longtemps traîné ce doute dans les grands rendez-vous. Même la saison dernière, malgré le premier titre en Ligue des champions, la question persistait. Le souvenir du 4 novembre 2025 restait. Au Parc des Princes, face au Bayern, à la 32e minute, il s’était manqué sur le 0-2 signé Luis Diaz. Une erreur lourde, dans un moment rencontre importante. À 31 ans, avec Zabarnyi recruté pour préparer la suite et Luis Enrique qui envisage déjà une charnière Zabarnyi-Pacho pour 2026-2027, le Brésilien semblait entrer dans une phase de transition. Cette saison, il a changé. Moins dans la réaction, plus dans l’anticipation. Moins dans l’urgence, plus dans le contrôle. À Anfield, il l’a montré dans l’action la plus tendue du match.
Marquinhos / Pacho : le duo infranchissable
31e minute. Après un centre de Salah, un duel et un jeu de billard entre Hakimi et Kerkez dans la surface, le ballon fuse dans la surface. Safonov se couche vite et sort une parade splendide à bout portant. Dans la continuité, Van Dijk surgit pour conclure. Marquinhos jaillit sur sa ligne et contre le ballon quasiment à 50 cm de son but. Deux gestes dans la même séquence. Deux interventions décisives. Le gardien puis le capitaine. Liverpool avait trouvé une faille. Elle s’est refermée immédiatement.

À ses côtés, Pacho a poursuivi son travail d’excellence. À 24 ans, il impose un mélange de puissance, de vitesse, de rapidité d’appui et de lecture qui use ses adversaires. À Anfield, il n’a rien laissé. Dans sa zone, Isak, Salah puis Gakpo ont tenté. Aucun n’a pris le dessus, ni dans les duels, ni dans les airs, ni dans les courses.
À la 64e minute, Mac Allister se jete dans ses pieds. Maurizio Mariani siffle penalty. La VAR analyse. Décision finalement annulée. Il n’y avait rien. Pacho reste comme à son habitude propre dans son intervention. L’action résume sa soirée. Toujours bien placé, jamais pris, toujours dans le bon tempo.
Ensemble, les deux ont traversé 25 minutes de siège anglais sans concéder de véritable occasion. Paris a su souffrir, faire le dos rond. Quand les milieux n’existaient plus, quand le ballon revenait sans cesse, la charnière a tenu. Elle aimposé un rythme plus lent, cassé les vagues, remis de l’ordre là où il n’y en avait plus. L’équipe a toujours eu ses deux patrons derrière elle.

Safonov, la concurrence gagnée dans les cages parisiennes
Matvey Safonov est arrivé à l’été 2024 comme numéro 2 de Donnarumma. Il n’a jamais accepté ce statut. À l’été 2025, Donnarumma est parti à Manchester City. Lucas Chevalier est arrivé de Lille pour 40 millions d’euros avec l’étiquette de titulaire. Safonov s’est retrouvé numéro 2 pour la deuxième saison de suite. Il s’y est opposé.
En février 2026, il expliquait au Figaro : “La concurrence avec Lucas Chevalier ? C’est un peu difficile cette situation. Il y a de la concurrence dans notre équipe, y compris au poste de gardien. Maintenant, c’est moi qui joue plus sur les derniers matchs mais ça ne veut pas dire que je jouerai au prochain. Je dois continuer à travailler et essayer de prendre la place de titulaire au prochain match.”
À Anfield, il a répondu. Sur la séquence de la 31e minute, il plonge vite au sol et gagne son duel sur sa ligne, en une fraction de seconde, là où tout se joue sur un réflexe. Ensuite, il a tenu. Prises propres, sorties autoritaires, aucune hésitation dans les airs malgré son style peu académique. Quand le PSG reculait en seconde période, il simplifiait chaque situation. Mentalement on le sent prêt, fort pour son club.

En avril, sur Ligue1+, il ajoutait : “Comment j’ai retourné la situation ? Cette situation peut illustrer ma mentalité, c’est-à-dire le travail. Je travaille dur, je n’ai pas arrêté, je n’ai pas été d’accord avec cette situation, et avec cette mentalité, j’ai eu une possibilité de changer cette situation.”
À la 71e minute, Rio Ngumoha déclenche une frappe forte à ras de terre à l’entrée de la surface. Safonov se couche vite, capte le ballon sans relâcher. Aucun second ballon, aucun corner concédé, aucune possibilité pour Liverpool de rester installé. Il éteint l’action au lieu de la repousser. Deux minutes plus tard, Dembélé ouvre le score.
La série s’est installée. Troisième clean sheet consécutif en phase à élimination directe de Ligue des champions. Une première pour un gardien parisien depuis Keylor Navas en 2019. Donnarumma, malgré son Trophée Yashin remporté la saison passée, n’y était jamais parvenu.
Après Chelsea, à Stamford Bridge, Kvaratskhelia l’avait dit clairement : “Safonov a été très bon. J’ai reçu le prix de meilleur joueur du match, mais je pense que ce trophée lui revenait.” Marquinhos avait enchaîné : “C’est très important d’avoir un gardien qui surmonte cette pression. Toutes les équipes qui sont allées au bout ont eu un gardien qui les a sauvés. Il nous rassure beaucoup.”
Safonov n’a pas seulement pris une place. Il a imposé une évidence, obligeant Chevalier à regarder les matchs depuis le banc de touche. Ce PSG a trouvé son homme, et ce dernier n’est pas prêt de lâcher sa place.
La nouvelle arme du PSG : sa solidité défensive
Depuis l’arrivée de Luis Enrique, le Paris Saint-Germain cherche à imposer sa maîtrise : possession, contrôle, domination territoriale, mouvement total, son « jeu liquide ». L’idée reste intacte, mais elle ne suffit pas toujours à dominer tous les scénarios.
Face à Arsenal au retour la saison passée, ou dans les premières minutes du huitième retour à Anfield, avec Donnarumma, les parisiens avaient déjà montré qu’ils pouvaient survivre sans ballon, sans encaisser de buts, mais ces séquences restaient ponctuelles, presque en marge de leur identité.
Aujourd’hui, ce n’est plus une anomalie mais un registre installé. Le PSG ne change pas de nature, il ajuste ses comportements dans les temps faibles. Bloc plus bas. Moins de risques. Espaces mieux protégés. Contrôle du danger plutôt que du ballon. Les Reds ont poussé, les Parisiens ont fermé sans panique ni rupture.
Pendant longtemps, Paris devait dominer pour exister. L’année dernière encore. Aujourd’hui, il peut aussi survivre sans ballon. Et à ce niveau-là, ce n’est plus une nuance, c’est une bascule