Il y a quelques heures Ă peine, SĂ©bastien Bazin est devenu le quatorziĂšme prĂ©sident de lÂhistoire du Paris-SG. On a tout lu, tout entendu, tout Ă©crit Ă son propos, souvent une chose et son contraire. Tout le monde y Ă©tait allĂ© de sa petite enquĂȘte sans jamais parvenir Ă un rĂ©sultat satisfaisant. On avait donnĂ© la parole Ă tout le monde. ĂŹ tout le monde, sauf aux supporters. LÂoccasion de dĂ©couvrir le mystĂ©rieux Monsieur Bazin tel quÂil est perçu du cĂŽtĂ© obscur de la force.
Depuis quÂil est arrivĂ© au PSG, la vie nÂa jamais Ă©tĂ© un long fleuve tranquille pour SĂ©bastien Bazin. Ces derniĂšres semaines, la chose nÂĂ©tait pas allĂ©e en sÂarrangeant, bien au contraire. Une lettre de Villeneuve, tout le tralala mĂ©diatique qui sÂen Ă©tait suivi : on connaĂźt la chanson.
Hier soir, Bazin est donc devenu le quatorziĂšme prĂ©sident du club de la capitale. Bazin, ou un type que lÂon a accusĂ© de tous les maux. AprĂšs lÂĂ©viction en forme de dĂ©mission de Charles Villeneuve, lÂensemble des supporters du PSG – aussi bien le Kop of Boulogne que le Virage Auteuil ou les PSG Clubs – avaient pondu leur petit communiquĂ©.
Rapidement, en diagonale, pour se faire une petite idĂ©e : « AujourdÂhui, nous accusons clairement un responsable : lÂinvestisseur principal, soit Colony Capital. Nous dĂ©plorons lÂattitude de son reprĂ©sentant, en la personne de Monsieur BazinŠ Des questions se posent : pourquoi une telle prĂ©cipitation dans la dĂ©cision des membres du CA ? Que souhaite rĂ©ellement Colony Capital ? Pour lÂheure, lÂattitude de lÂactionnaire nous amĂšne Ă penser que Colony Capital est venu Ă Paris dans lÂespoir de rĂ©aliser un certain profit, en clair, faire du PSG un club rentable plus que performant ». Avant dÂappeler de leurs vÂux une entrevue avec Bazin.
Cette rencontre a eu lieu. Amar, porte-parole des LutĂšce Falco, groupe ultra prĂ©sent en Virage Auteuil, raconte : « On lÂa rencontrĂ© avec les diverses assoc de supporters et Ă vrai dire, il nous a plutĂŽt fait bonne impression. On voit pas trop lÂintĂ©rĂȘt quÂil aurait Ă ce que le PSG soit mauvais, ni Ă couler le club. Bazin nÂest pas un raconteur dÂhistoires. CÂest un mec super bon dans les chiffres, lui nÂest pas un vendeur de tapis : il ne nous a pas fait de beaux discours, il ne nous a rien promis, il ne nous a pas fait miroiter un PSG premier en Europe. Il est clair et net ».
Lors de cet entretien, Bazin Ă©tait attentif, cherchant Ă comprendre les revendications, Ă apporter des solutions lorsquÂil le pouvait. Et au final, la situation apparaĂźt somme toute assez logique. Amar, toujours : « Il rĂ©pond Ă nos questions et il a Ă©tĂ© clair : il nÂy a pas de projet immobilier avec le Parc des Princes  il souhaiterait juste rĂ©nover le stade ». En outre, lÂhomme apparaĂźt pragmatique et intelligent : « Bazin inspire la confiance : cÂest pas ce quÂon aimerait mais ça pourrait ĂȘtre pire. Pour moi, Bazin nÂest pas un mĂ©cĂšne, ce nÂest pas lÂactionnaire rĂȘvĂ©, mais il a lÂavantage dÂavoir lÂair franc et ÂhonnĂȘte. Il nÂa pas vraiment de langue de bois, ce nÂest pas non plus un commercial. En fait la chose est simple : Ă terme, Colony revendra le PSG. Du coup, je ne pense pas que son ambition soit de tuer le club : dans tous les cas, pour rĂ©ussir Ă revendre le club, il a besoin que le PSG soit dans les premiers ; il a besoin dÂune bonne ambiance au stade, donc il a besoin de nous, et surtout pas dÂincidents. Je ne pense pas que ce soit le genre de mec Ă nous foutre un Larrue » (Jean-Pierre Larrue, ancien Directeur de la SĂ»retĂ© et de la SĂ©curitĂ© qui, pour faire vite, avait promis la tolĂ©rance-zĂ©ro au Parc des Princes. Ses mĂ©thodes avaient entraĂźnĂ© la colĂšre des supporters, Ndla).
Il est Ă©galement de notoriĂ©tĂ© publique que Bazin entretient une rĂ©elle amitiĂ© avec Alain Cayzac dont tout le monde connaĂźt lÂamour quÂil porte Ă ce club : le genre de dĂ©tail qui, mine de rien, rassure : « Du coup, jÂai tendance Ă croire que Bazin nÂest pas quÂun enculĂ©, simplement un financier ».
RĂ©sultat de cette entrevue ? Un certain rĂ©pit accordĂ© au nouveau prĂ©sident. Le temps de voir sa maniĂšre de faire. Pourtant, samedi contre Caen, on a pu lire de chouettes banderoles dans les travĂ©es du Parc. CĂŽtĂ© Kar Sud, un ÂColony Go HomeÂ. Et cĂŽtĂ© LutĂšce, un ÂBazin, Colony, les produits toxiques, cÂest vousÂ.
SĂ©b avait Ă©tĂ© mis au courant de ces banderoles, quÂil faut considĂ©rer comme « un avant-goĂ»t du contre-pouvoir que peuvent reprĂ©senter les supporters. Plus quÂune banderole contre Bazin, cÂĂ©tait une banderole contre le foot business. Pour expliquer que le foot moderne est mal gĂ©rĂ©, que les rares clubs rentables dans le monde ont vendu leur Ăąme. Expliquer, enfin, que le football nÂest pas une marchandise » explique Amar.
En attendant, Bazin a donnĂ© sa premiĂšre confĂ©rence de presse dans son nouveau costume : « Le Conseil dÂAdministration mÂa Ă©lu PrĂ©sident de ce club et je lÂai acceptĂ© avec une prĂ©cision notable : il sÂagit dÂune PrĂ©sidence non exĂ©cutive, car je nÂai pas la disponibilitĂ© dont le club a besoin Ă plein temps ». Avant de sÂadonner au traditionnel commentaire purement sportif : « LÂobjectif le plus important Ă court terme, cÂest de battre Bordeaux mercredi. JÂĂ©tais lĂ -bas lors de la dĂ©faite 4-0 et cÂĂ©tait trĂšs difficile. Il nÂy a aucune raison de perdre contre Bordeaux demain ».
PSG-Bordeaux, Coupe de la Ligue. Comme Ă chaque match de la compĂ©tition, les LutĂšce arboreront la banderole ÂLe football nÂest pas une marchandiseÂ. Les choses sĂ©rieuses commenceront alors pour Bazin.