Sa performance contre Nancy renforce lÂĂ©vidence : le temps de lÂĂ©quipe de France est venu pour le Parisien Guillaume Hoarau.
RAYMOND DOMENECH est un sĂ©lectionneur Ă lÂouĂŻe sĂ©lective, qui rĂ©pĂšte quÂil nÂentend jamais les sifflets. Mais il sera difficile de croire quÂil ne perçoit pas les clameurs qui accompagnent la saison parisienne de Guillaume Hoarau. DÂailleurs, cela fait un moment que remonte vers le sĂ©lectionneur lÂĂ©cho bruyant des performances du rĂ©unionnais avec le PSG, dont lÂenvergure dĂ©passe sensiblement le simple constat statistique de ses quinze buts en L1 et du statut qui en dĂ©coule. Celui de co-meilleur buteur de la compĂ©tition, avec AndrĂ©-Pierre Gignac, lÂattaquant toulousain.
Le responsable technique des Bleus sÂest trouvĂ© Ă deux doigts de convoquer Hoarau pour le match amical face Ă lÂArgentine (0-2), le 11 fĂ©vrier, Ă Marseille. Mais Domenech a fait machine arriĂšre. Pourquoi? Parce que le rendez-vous avec Maradona et les siens se dĂ©roulaitŠ Ă Marseille. Et parce quÂil a craint que les rĂ©flexes anti-parisiens du VĂ©lodrome ne perturbent lÂĂ©ventuel baptĂȘme dÂHoarau.
La Lituanie constitue la prochaine Ă©tape dans le calendrier de lÂĂ©quipe de France et, Ă notre connaissance, lÂimpopularitĂ© du PSG Ă Kaunas est Ă un niveau supportable pour envisager, cette fois, dÂemmener un joueur sous contrat Ă Paris. Par son profil particulier dÂattaquant longiligne, puissant et prĂ©cis, Guillaume Hoarau est un atout dont il serait difficile de se priver, Ă lÂhorizon dÂune double confrontation avec la Lituanie  le 28mars et le 1er avril Â, qui va peser dÂun poids sensible dans la lutte pour la qualification Ă la Coupe du monde 2010.
Le sentiment ne date pas dÂhier : quand Domenech a choisi dÂessayer Steve Savidan, en novembre, contre lÂUruguay (0-0), il nÂaurait pas Ă©tĂ© incongru, dĂ©jĂ , quÂil offre une chance Ă Hoarau. LÂhiver nÂa pas enrayĂ© la montĂ©e en puissance automnale du parisien. Ses derniers matches auront mĂȘme fait enfler lÂimpression que lÂheure bleue de Hoarau a sonnĂ©. En prenant lÂancien havrais, le sĂ©lectionneur se doterait dÂune carte inĂ©dite dans lÂhistoire de lÂĂ©quipe de France. Car si Gignac prĂ©sente un bilan comptable similaire Ă celui du parisien, il ne prĂ©sente pas une rĂ©elle solution de remplacement aux forces existantes. Hoarau, si. CÂest un joueur de 1,92m, un « vrai » grand, en comparaison avec les attaquants internationaux qui ont comptĂ© ces derniĂšres annĂ©es : dÂHenry (1,88 m) Ă CissĂ© (1,82 m), en passant par Trezeguet (1,87 m), Anelka (1,84 m) et Benzema (1,83 m).
Hoarau est grand, et cÂest un grand qui, Ă lÂimage dÂun Zlatan Ibrahimovic (1,92m Ă©galement), sait conserver un ballon et le transmettre proprement mĂȘme si cÂest probablement dans les airs que le PSG mesure avant tout son apport, sur tous les duels, offensifs comme dĂ©fensifs. Pour les Bleus, continuer Ă se passer plus longtemps de ce type de joueur confinerait au luxe. Pour sÂen tenir Ă ses sept matches disputĂ©s cette saison, la sĂ©lection prĂ©sente le bilan Ă©quilibrĂ©  pas forcĂ©ment rassurant  de onze buts inscrits pour onze buts encaissĂ©s. Sans prendre en compte les penalties, la France nÂa inscrit aucun but sur coup de pied arrĂȘtĂ© et elle en a concĂ©dĂ© quatre sur ces phases de jeuŠ
Alors que la Lituanie promet dÂabord un combat physique, tout invite Ă prendre en considĂ©ration le gabarit de Hoarau, et surtout la façon dont il sÂen sert. Contre Nancy, dimanche, ses deux buts, dont lÂun de la tĂȘte, sont issus de deux coups francs de JĂ©rĂŽme Rothen. « Vu sa taille, je peux me permettre de viser plus facilement le deuxiĂšme poteau, dit le milieu gauche du PSG. On sent que les adversaires ont peur de lui sur les coups de pied arrĂȘtĂ©s. »
Hoarau en bleu aprĂšs 25 matches de L1 dans sa carriĂšre, cÂest une idĂ©e qui ne choque pas Rothen : « Il y a quelques annĂ©es, il fallait disputer beaucoup de matches de L1 avant de prĂ©tendre Ă lÂĂ©quipe de France. Les temps ont un peu changĂ©. On ne met pas quinze buts en Championnat par hasard, donc ça prouve dĂ©jĂ quelque chose. Face Ă Henry, Anelka et Benzema, il est difficile de se faire une place. Mais il est vraiment logique que Guillaume ait lÂambition de rejoindre les Bleus. »
Dans lÂhypothĂšse oĂč le sĂ©lectionneur conserverait le systĂšme en 4-2-3-1 utilisĂ© lors des cinq derniers matches des Bleus, le parisien trouverait-il facilement sa place ? JusquÂĂ prĂ©sent, il sÂest surtout montrĂ© Ă©panoui dans des formules en 4-4-2, avec Le Havre la saison derniĂšre comme avec le PSG cette annĂ©e. Faudrait-il changer le systĂšme pour lui ? CÂest une possibilitĂ©, du moins en cours de match. CÂest une perspective, aussi, qui obligerait, selon les choix, Ă se passer de Gourcuff, Benzema, Anelka voireŠ dÂHenry. CÂest un cas de migraine. Mais une migraine quÂil est temps dÂavoir.