Tripy Makonda - Crédit : Icon Sport
Grand entretien avec Tripy Makonda, l’ancien titi parisien qui raconte sans filtre l’envers du décor du football professionnel et son amour intact pour le maillot rouge et bleu.
Formé au Paris Saint-Germain, Tripy Makonda y a tout connu : les vestiaires de stars, les frissons d’un premier match européen au Parc des Princes, jusqu’aux coulisses du rachat par QSI. Aujourd’hui éducateur chez les U11 du club de la capitale, l’ancien latéral gauche se confie à Le Meilleur du PSG avec une sincérité rare sur sa trajectoire, les réalités parfois impitoyables du football de haut niveau sans agent, et livre son regard de technicien sur le PSG d’aujourd’hui, de Warren Zaïre-Emery à Nuno Mendes. Rencontre avec un titi passionné par la transmission.
Les débuts au Parc : « La veille, je n’ai pas dormi »
Tu es un titi parisien. En février 2009, Paul Le Guen te lance directement titulaire contre Wolfsburg en Coupe de l’UEFA. Qu’est-ce qu’on ressent dans le couloir du Parc des Princes quand on a grandi à Ivry-sur-Seine ?
« Ça faisait quelques mois que j’avais intégré le groupe pro. À la base, j’étais milieu de terrain pendant ma formation, mais on m’a fait monter pour être la doublure de Sylvain Armand au poste de latéral gauche. En février 2009, c’est mon premier match officiel. Et quoi de mieux que de débuter à domicile, en Coupe de l’UEFA ?
Mon histoire avec ce lieu est particulière. J’ai grandi à Porte de Saint-Cloud, à 15 minutes à pied du Parc. J’ai fait ma scolarité au lycée Claude Bernard, juste en face de la tribune Auteuil. Petit, je jouais tout le temps aux alentours, au Stade Jean-Bouin ou au Stade Français. Ce premier match est inoubliable. J’avais mes potes d’enfance qui étaient – et sont encore aujourd’hui – abonnés à Auteuil. Les voir en tribunes, avec ma famille, pour mes débuts… En tant qu’enfant du PSG, avoir connu la pré-formation, la formation, puis les pros, c’est une immense fierté. »
Vous gagnez ce match 2-0. Quel regard portes-tu sur ta performance avec le recul ?
« Je la jugerais correcte pour une première. Le match avait lieu le jeudi et j’ai su dès le lundi que j’allais jouer. Ça m’a permis de me préparer psychologiquement et physiquement. Mais je ne te cache pas que la veille, je n’ai pas dormi (rires) ! Il y a toujours cette appréhension du premier match, d’autant que le PSG est un club qui exige des résultats immédiats. Je m’en suis sorti correctement, j’ai essayé de donner mon maximum, au point de sortir sur crampes à cause du stress et de la débauche d’énergie. J’ai su mettre en évidence mon pied gauche sur les centres et les distributions. C’était intéressant. »

« Makélélé, Coupet, Giuly… C’étaient des grands frères. »
À tes débuts, tu partages le vestiaire avec des monuments : Claude Makélélé, Ludovic Giuly, Grégory Coupet ou Mateja Kežman. Comment t’ont-ils intégré ?
« C’étaient des grands frères. Avec Claude Makélélé, l’affiliation a été directe car nous partageons les mêmes origines de la République démocratique du Congo. Il m’a donné énormément de conseils, sur le terrain comme en dehors, et surtout à l’entraînement.
Ludo Giuly était aussi très protecteur. Un jour, il nous a invités, Maxime Partouche et moi, à Saint-Raphaël pour un camp qui préparait les joueurs à la pré-saison. On a passé des vacances avec lui, on allait manger à Cannes ou à Monaco, c’était top.
Quant à Grégory Coupet, notre amitié s’est liée à l’infirmerie. Il s’était blessé au tibia et moi j’avais une grosse déchirure à la cuisse. On passait nos journées en salle de musculation à se lancer des challenges sur les machines à bras ou le vélo. On notait nos scores, ça a créé de vrais liens. »
Qu’as-tu appris en les côtoyant au quotidien ?
« Leur communication non verbale et leur « entraînement invisible » m’ont marqué. Coupet arrivait à 8h30 et repartait le dernier. Il avait une discipline de fer. Pour Giuly et Makélélé, c’était différent : ils étaient beaucoup plus à l’écoute de leur corps. Vu leur âge et leur vécu, ils n’avaient plus besoin de s’entraîner tous les jours à haute intensité. Mais quand ils touchaient le ballon, tu sentais tout de suite la différence. »
Le virage QSI et le départ de Paris
En 2011, le club est à l’aube d’un changement d’ère historique avec les rumeurs de rachat. Comment le groupe vivait-il cela ?
« En toute honnêteté, on ne regardait pas trop les informations, on ne lisait pas les journaux. On a réellement pris connaissance du rachat du club alors qu’on était en stage à Albufeira, au Portugal. Quelques heures avant un entraînement ou un repas, on nous annonce que le club est racheté et que le nouveau directeur sportif va venir nous parler. On s’est installés dans la salle de conférence de l’hôtel, et là, Leonardo est arrivé, impeccable en smoking. C’est à cet instant précis, quand il a dévoilé le projet, qu’on a compris que le PSG changeait de dimension. »
T’a-t-il proposé de t’inscrire dans ce nouveau projet ?
« Au départ, il a mis tout le monde sur un pied d’égalité car la nouvelle direction ne connaissait pas encore l’effectif. Brest voulait me recruter. Quand j’ai discuté avec Leonardo, il m’a dit : « C’est toi qui vois, tu as le choix de rester ou de partir. On veut voir tout le monde, je ne m’opposerai pas à ta décision. »
Si j’ai choisi de partir, c’est parce qu’Antoine Kombouaré était encore l’entraîneur et que nos relations n’étaient pas au beau fixe. J’avais besoin d’un projet où j’étais pleinement intégré dans la rotation grâce à mes performances, et pas seulement pour faire le nombre. J’avais aussi des objectifs individuels, comme m’imposer en équipe de France Espoirs pour faire l’Euro.
Je savais qu’avec Kombouaré, je n’aurais pas ce temps de jeu. C’est sa présence qui a provoqué mon départ. S’il y avait eu un autre coach avec qui le courant passait, je serais resté. Avec l’amour que j’ai pour ce maillot, j’aurais voulu faire toute ma carrière ici, être comme Totti au PSG. À la rigueur, le seul autre club qui me faisait rêver par la trajectoire de Patrice Evra, c’était Manchester United. Sinon, mon but était de rester à Paris. »
As-tu des regrets aujourd’hui ?
« Quelques mois après mon départ, Paris est venu jouer à Brest, au stade Francis-Le Blé. Carlo Ancelotti était arrivé sur le banc parisien pendant l’hiver. À la fin du match, j’ai discuté avec Claude Makélélé. Il m’a dit : « Tripy, c’est une erreur d’être parti. Avec tes qualités, Ancelotti t’aurait donné ta chance. » Évidemment, sur le coup, ça fait un coup au moral. Mais c’est la vie, c’est ma trajectoire. »
La réalité du terrain
Après Brest, ta carrière prend une trajectoire plus sinueuse, avec des passages au Portugal et au Luxembourg. Qu’as-tu découvert en quittant le confort parisien ?
« À Brest, j’ai découvert le football de performance dans un club très familial. Mais surtout, j’ai compris ce qu’était la réalité du football de haut niveau. Au PSG, tu es dans le luxe, les conditions logistiques sont parfaites. Quand tu pars, tu te rends compte que ce n’est pas pareil partout. Ça m’a demandé une grosse capacité d’adaptation.

Ensuite, je suis parti au Portugal pour découvrir d’autres méthodes de travail. C’est un marché très exposé : tu fais 15 bons matchs et tu peux rebondir très haut. Malheureusement, après seulement deux matchs, je me fais les ligaments croisés et le ménisque. C’est là que tu comprends que tu ne maîtrises pas tout. J’ai cravaché pendant neuf mois pour revenir, et j’ai enchaîné sur ma saison la plus complète en pro en jouant 40 matchs avec l’Académica de Coimbra en Ligue 2. »
Tu as ensuite connu une période compliquée sans club, notamment à cause de l’absence d’un agent stable. Comment gère-t-on cela ?
« Ne pas avoir d’agent dans ce milieu, c’est très difficile, tu n’existes plus dans le circuit. Tu fais des « one-shots » avec des intermédiaires qui te font des promesses sans lendemain. Alors, j’ai fait les démarches tout seul. J’ai prospecté sur LinkedIn, j’ai envoyé des messages au Red Star, j’ai fait un essai à Créteil pour jouer avec la réserve… J’ai même rédigé et envoyé des lettres postales à des clubs en Suisse, comme Yverdon, parce qu’il n’y avait aucun numéro pour les joindre !
J’ai aussi payé de ma poche pour participer à des détections. Je suis parti à Londres, en Écosse, où tu te retrouves au milieu de dizaines de joueurs. Des agents te vendent du rêve pour se faire de l’argent sur ton dos. En Écosse, le club de Livingston voulait me prendre à l’essai, mais mon genou a gonflé… »
Le retour au club par la grande porte
Aujourd’hui, tu es revenu au PSG en tant qu’éducateur chez les U11. C’était une évidence pour toi ?
« Oui. À 22 ans, quand j’étais à Brest, je voulais déjà passer mes diplômes d’éducateur en même temps que je jouais, comme le faisait Ahmed Kantari, mais l’UNFP avait gelé cette possibilité. Durant ma carrière, j’ai toujours aimé conseiller les plus jeunes, que ce soit pour la musculation ou la tactique. Transmettre à la génération future, tant sur le plan social que sportif, c’est ce qui m’anime.
C’est moi qui ai fait la démarche de demander à revenir au PSG. C’est capital d’avoir des anciens au sein de la formation. J’ai connu toutes les catégories ici, j’ai joué chez les pros, je connais l’environnement unique de ce club. Ce n’est pas le même contexte qu’à Sarcelles ou Villejuif. Chaque club a son identité. Mon rôle est de faire en sorte que les valeurs historiques du PSG se véhiculent correctement dans toutes les catégories, à travers les échanges avec les éducateurs et les parents. »
Tu as pu découvrir le nouveau Campus PSG à Poissy. Quel est ton regard sur cet outil ?
« C’est un projet gigantesque, l’un des meilleurs centres d’entraînement d’Europe. Le construire maintenant, dix ans après l’arrivée des propriétaires, est très cohérent pour lancer une nouvelle dynamique. Ce qui est génial, c’est l’agencement des bâtiments en échelonnage. Tu as la partie association (où nous sommes avec les U11), juste à côté la pré-formation, au-dessus la formation, et enfin, au loin, le bâtiment des professionnels. Visuellement, pour un enfant, c’est une source de motivation incroyable. Il voit concrètement tout le chemin qu’il lui reste à parcourir pour atteindre le sommet. Il n’y a que 15 minutes de marche entre nous et les pros, ça les émerveille et leur fait prendre conscience des étapes à franchir. »
L’œil du technicien
En parlant de jeunes qui franchissent les étapes, comment juges-tu la précocité de joueurs comme Warren Zaïre-Emery ou Senny Mayulu ?
« Ce qui m’impressionne le plus, c’est leur vitesse d’adaptation au très haut niveau. Leur précocité est liée à une capacité d’effort bien au-dessus de la moyenne. Dans le football actuel, il faut savoir s’imposer en s’appuyant sur ses points forts. C’est ce qui leur a permis d’être impactants dès qu’on a fait appel à eux. Warren a une mentalité à toute épreuve, il sait toujours rebondir. Cette audace leur a permis d’obtenir le plus important pour un joueur : être fiable aux yeux du coach. Leur réussite ne m’étonne pas, mais le plus dur commence : il faut persévérer et y rester. »

Est-ce que cette réussite est accessible à tous ou s’agit-il d’ovnis ?
« Tout le monde peut y prétendre, mais la différence se fait sur un point : est-ce que ta qualité forte est réellement hors norme ? Des dribbleurs, il y en a plein, mais certains sont des « super dribbleurs » (rires). Prenons l’exemple de Presnel Kimpembe : au départ, certains joueurs étaient peut-être devant lui techniquement, mais sa force mentale supérieure lui a permis de passer devant tout le monde.
C’est pareil pour Warren et Senny. La vraie question pour un jeune c’est : es-tu prêt à tout faire pour t’imposer au PSG, ou veux-tu simplement faire carrière ? Le plus important, c’est de faire carrière. Mon conseil aux jeunes est simple : gardez la passion et jouez sur le terrain. Les jeux vidéo c’est bien pour apprendre, mais rien ne remplace la pratique. Soyez curieux, ne vous reposez pas sur vos acquis et forgez-vous un caractère émotionnel solide pour rebondir. »
En tant qu’ancien latéral gauche, comment analyses-tu l’évolution de Nuno Mendes ?
« Nuno Mendes a d’immenses qualités athlétiques et offensives, mais il avait un gros travail à fournir sur ses compétences tactiques défensives : le un-contre-un, l’impact physique et la concentration. Par le passé, le PSG encaissait parfois des buts parce qu’il manquait de vigilance sur les actions lointaines qui se rapprochaient de sa zone. Il a énormément progressé dans ce domaine, on l’a vu ces deux dernières saisons où il a su éteindre des attaquants adverses à fort potentiel.
Là où il doit encore s’améliorer, c’est dans la concentration continue, rester focus à 100% même quand le ballon est à l’opposé. Offensivement, lorsqu’il aura perfectionné son jeu sans ballon et son positionnement pour recevoir la balle, il deviendra redoutable. Par moments, il repique à l’intérieur de manière stérile, juste pour occuper l’espace. J’aimerais qu’il le fasse pour générer un décalage ou créer une occasion nette. »